L'histoire
Il existe des maisons de mode. Et il existe des maisons qui ont changé la façon dont les femmes se voient elles-mêmes. Saint Laurent est de la seconde catégorie.
Yves Saint Laurent était myope, et ses lunettes étaient indissociables de lui. La maison a toujours su que les lunettes ne sont pas un simple accessoire mais une déclaration — et sa collection eyewear en porte aujourd'hui l'héritage direct.
Dior et les débuts
Yves Mathieu-Saint-Laurent naît le 1er août 1936 à Oran, en Algérie. Enfant, il dessine des robes pour ses sœurs et coud des costumes pour son théâtre de marionnettes. En 1955, à 19 ans, il est présenté à Christian Dior par Michel de Brunhoff, directeur de Vogue France ; Dior l'engage immédiatement. En 1957, à la mort subite de Dior, Yves Saint Laurent, 21 ans, est nommé directeur artistique de la plus grande maison de couture du monde. Sa première collection, Trapèze, est un triomphe mondial — avant que le service militaire, une hospitalisation et un licenciement ne le poussent vers une autre voie, Marc Bohan le remplaçant chez Dior.
1961-1962 — La fondation
En 1958, Yves Saint Laurent a rencontré Pierre Bergé. Ensemble, ils fondent en décembre 1961 la maison Yves Saint Laurent, au 30 bis rue Spontini, dans le 16e arrondissement de Paris. Le graphiste Adolphe Mouron Cassandre — le même qui avait dessiné les affiches Art Déco mythiques des transatlantiques des années 1930 — conçoit le logo : trois lettres Y, S et L imbriquées, qui n'ont jamais varié depuis. La première collection est présentée le 29 janvier 1962, avec le caban et le trench-coat : des pièces masculines entrées dans la haute couture féminine. La direction est tracée dès le départ.
Les innovations qui ont changé le monde
Yves Saint Laurent n'a pas simplement créé des vêtements : il a réécrit le rapport des femmes à leur propre pouvoir, en leur donnant le vestiaire de l'homme, transformé et féminisé. En 1965, la collection Mondrian traduit les couleurs primaires et les lignes géométriques du peintre en robes de haute couture — premier grand dialogue entre l'art moderne et la mode. En 1966, double révolution : Le Smoking, premier smoking féminin, et la boutique Saint Laurent Rive Gauche rue de Tournon, première boutique de prêt-à-porter portant le nom d'un couturier — l'invention du luxe accessible tel qu'on le connaît aujourd'hui. Suivent le tailleur-pantalon féminin en 1967, puis la saharienne et le premier jumpsuit en 1968 : des vêtements pour une vie active, mobile, puissante.
1971 — Les lunettes érigées en signature
Myope depuis l'enfance, Yves Saint Laurent n'a jamais cherché à dissimuler ses lunettes correctrices : larges verres arrondis, monture épaisse, elles faisaient partie intégrante de son image publique. En 1971, pour une campagne du parfum Pour Homme, il pose vêtu de ses seules lunettes — une image qui dit tout du rapport du couturier à son accessoire fétiche, érigé en signature personnelle absolue. La collection eyewear actuelle porte cet héritage directement.
1983-2008 — Le Metropolitan Museum et les adieux
En 1983, le Metropolitan Museum of Art de New York lui consacre une rétrospective, organisée par Diana Vreeland : il est le premier créateur de mode vivant à recevoir cet honneur, jusque-là réservé aux peintres et sculpteurs majeurs. Le 22 janvier 2002, au Centre Pompidou, un défilé d'adieu présente 300 modèles — quarante ans de création. Yves Saint Laurent s'éteint le 1er juin 2008 à Paris. Aux obsèques, Pierre Bergé résume une œuvre en une phrase : « Les modes passent, le style est éternel. »
La succession — quatre directeurs artistiques
Après le fondateur, chaque directeur artistique a dû répondre à la même question : que fait-on après Saint Laurent ? Tom Ford (1999-2004) gère simultanément Gucci et la maison après le rachat par le groupe. Stefano Pilati (2004-2012) revient à une approche plus proche de l'héritage — élégance fluide, coupes précises. Hedi Slimane (2012-2016) rebaptise le prêt-à-porter « Saint Laurent », un changement que Pierre Bergé soutient en rappelant qu'il s'agit d'un retour aux fondamentaux de 1966 ; le logo Cassandre, lui, est maintenu. Depuis avril 2016, Anthony Vaccarello incarne l'ADN de la maison avec une grande cohérence — élégance sexuelle, lignes précises, minimalisme graphique — une direction directement lisible dans les lunettes.
L'esprit Saint Laurent
La cliente et le client Saint Laurent ne cherchent pas un accessoire : ils cherchent une position, dans le regard des autres comme dans leur propre rapport à leur image. C'est ce que la maison a toujours proposé — non pas de la mode, mais un langage. Pierre Bergé l'a formulé ainsi : « Chanel a donné la liberté aux femmes ; Yves Saint Laurent leur a donné le pouvoir. » Cet esprit tient dans un geste fondateur : prendre les symboles du pouvoir masculin et en faire la garde-robe de la femme moderne. L'élégance Saint Laurent n'a jamais eu besoin de strass ni de dorures — elle opère par la forme seule, et les lunettes en sont l'expression la plus pure.
Les codes eyewear
* Une géométrie sculptée : les silhouettes oscillent entre l'oversize affirmé — volumes généreux, acétate épais — et les pilotes fins à double pont inspirés des années
Chaque saison réinterprète les archives sans jamais les copier, dans une forme toujours contrôlée et architecturale.
* Le logo Cassandre : sur les branches, les trois lettres YSL imbriquées dessinées en 1961 restent l'un des logos les plus reconnaissables de la mode mondiale — une signature qui n'a pas varié en plus de soixante ans.
* Acétate sculptural, métal architectural : deux registres distincts — l'acétate travaillé en volume (angles nets, couleurs denses) et le métal finement façonné pour les silhouettes légères. Le « Corner Angle », à la jonction des branches et de la façade, donne aux montures un caractère immédiatement reconnaissable.
* Un minimalisme graphique : chaque ligne a un sens, aucun élément n'est décoratif pour l'être. Des montures qui s'imposent par leur présence structurelle plutôt que par l'ornement.
La clientèle
Saint Laurent attire une clientèle qui cherche une position plutôt qu'un accessoire. C'est d'abord la femme qui se donne le pouvoir : elle connaît l'histoire du Smoking, sait que la maison a, avant toutes les autres, dit aux femmes qu'elles pouvaient porter ce que les hommes portaient, et choisit ses lunettes oversize comme elle choisirait un smoking — pour ce que cela dit d'elle. C'est l'homme qui assume sa séduction, sensible à une élégance affirmée jamais vulgaire, qui porte un pilote fin ou un acétate plein. C'est le porteur de logo à légitimité historique, pour qui le monogramme Cassandre — soixante ans sans bouger d'un trait, dessiné par un maître — est une référence culturelle plus qu'une ostentation. C'est enfin le profil mode, qui suit Vaccarello et lit dans chaque monture une archive de la maison — une mode qui se souvient d'elle-même.
Questions fréquentes
Réponses utiles sur le sujet
Qui a dessiné le logo YSL de Saint Laurent ?
Le logo a été dessiné en 1961 par le graphiste Adolphe Mouron Cassandre, à la demande d'Yves Saint Laurent et Pierre Bergé : trois lettres Y, S et L imbriquées. C'est l'un des rares logos de maison de luxe à n'avoir jamais été modifié depuis sa création, et il figure encore sur les branches des lunettes.
Qu'est-ce que Le Smoking de Saint Laurent ?
Créé en 1966, Le Smoking est le premier smoking féminin de l'histoire de la mode. En déplaçant les attributs du pouvoir masculin vers la garde-robe de la femme, il est devenu le symbole de tout ce que représente la maison — et l'argument de style le plus immédiat de ses collections, lunettes comprises.
Pourquoi la marque s'appelle-t-elle « Saint Laurent » sans « Yves » ?
Parce que la dénomination existait déjà en 1966 : la première boutique de prêt-à-porter s'appelait « Saint Laurent Rive Gauche », pas « Yves Saint Laurent Rive Gauche ». En supprimant le prénom en 2012, Hedi Slimane n'a pas inventé un nom — il est revenu à la dénomination que le fondateur lui-même avait choisie pour son prêt-à-porter. Les lunettes Saint Laurent sont disponibles à l'essayage chez opticien.art, votre opticien pour découvrir une sélection adaptée à votre style, votre opticien, votre et votre .